Rencontre avec un pilier de la Matronne : 142 ième épisode, Marina

Mettons-nous en situation. Nous sommes sur une terrasse de café Toulousain, il est 11h du matin. L’endroit est bruyant, le café est passable. Marina termine un café serré en fumant une cigarette pardon une vapoteuse, l’air de trouver l’univers entier légèrement décevant.


Moi : Bonjour Marina. Merci de…

Marina : (M’interrompant en plissant les yeux à cause de la fumée) Ouais, salut. On se dépêche ? J’ai promis à mon chien de lui expliquer le concept de l’inflation, et franchement, il est plus réceptif que la plupart des gens. Sans offense.

Moi : Aucune. Justement, je vous connais un peu, Christina vous dit que vous êtes “sans filtre”.

Marina : (Elle écrase sa cigarette avec un soupir) “Sans filtre”. C’est le nouveau mot poli pour dire “mal élevée”. C’est formidable. Bientôt, on va dire des boulangères qu’elles sont “artisanes en gestion de glucides complexes”. Non, je suis juste normale. C’est la société qui est devenue tellement lisse qu’on dirait une pub pour du yaourt 0%.

Moi : Bénédicte dit que vous étiez “d’une nature assez râleuse”.

Marina : Je sais. C’est pas que je suis “râleuse”, c’est que le monde est objectivement mal foutu. Faut voir le bon côté : si tout était parfait, je serais au chômage technique. Et vous aussi, d’ailleurs. Vous écririez sur quoi ? Les chatons ?

Moi : Vous parliez de votre dernier rôle sur xhamster, un article dans les Stars du porno vous décrivait comme “viscérale”…

Marina : (Elle lève les yeux au ciel) Ah, “viscérale”. Quand ils savent pas quoi dire, ils disent “viscérale” ou “lumineuse”. Écoutez, j’ai juste passé trois mois dans la boue à Bruxelles à hurler sur un type qui jouait mon mari infidèle (coucou Elvis). C’était surtout humide. Mais “viscéral”, ça fait vendre. Vous voulez pas un verre de jus de houblons plutôt ? Il est 11h05, c’est l’heure gauloise, non ?

Moi : Donc, tout ce qu’on lit, c’est du flan ?

Marina : (Elle hèle le serveur d’un signe de tête) Garçon ! Deux pintes de Kulminator 28 ! (Elle se retourne vers moi) Non, c’est pas du flan. C’est juste… du storytelling, comme ils disent. Moi, mon histoire, elle est simple : je fouette, je râle, et j’essaie de pas trop m’emmerder. Allez, santé. Et posez ce stylo, ça me stresse.